La première étude en France qui cerne les symptômes de l'éco-anxiété
Econoïa, en partenariat avec l'ADEME et l'Observatoire de l'éco-anxiété (OBSECA), a produit un état des lieux de l'éco-anxiété en France. C'est la première fois qu'une étude mesure les maux de l'éco-anxiété (avec une approche diagnostique qui évalue ses symptômes) auprès des Français et non leurs opinions sur le mot "éco-anxiété".
Co-dirigée par Pierre-Eric SUTTER et Sylvie CHAMBERLIN avec la contribution de Léonie MESMER Docteur en psychologie sociale, cette étude a été réalisée en septembre 2024 sur un échantillon représentatif de 998 Français âgés de 15 à 64 ans (méthode par quota). La mesure de l'éco-anxiété a été effectuée à l'aide d'une échelle de mesure psychométrique construite scientifiquement par l'équipe de chercheurs australo-néozélandais conduite par Hogg.
Les résultats remettent en cause nombre d'idées reçues sur l'éco-anxiété, l'étude permet de mieux cerner le concept d'éco-anxiété.
D'abord, l'éco-anxiété n'est pas une maladie, même si elle peut rendre gravement malade. Ce n'est pas une maladie mais une détresse psychologique liée aux inquiétudes que ressentent les personnes faces aux enjeux environnementaux et aux crises écologiques, présentes et à venir, qui menacent le "bien vivre" de l'humanité voire certaines conditions de son existence. Si l'éco-anxiété perdure et/ou s'intensifie, elle peut évoluer en une psychopathologie connue : par exemple une dépression réactionnelle ou un trouble anxieux, selon l'intensité des inquiétudes vécue par l'éco-anxieux.
Les éco-anxieux ne sont donc pas des personnes fragiles psychologiquement; les chercheurs confirment qu'il n'y a pas de prédispositions psychologiques à l'éco-anxiété; cela veut dire que tout le monde peut devenir éco-anxieux, à tout âge, dès lors qu'il prend conscience des menaces qui planent sur l'humanité.
Ces menaces ne sont pas irrationnelles, elles sont documentées scientifiquement: fonte des pôles, sécheresses, pluies diluviennes à cause du dérèglement climatique, disparition accélérée de la biodiversité, épuisement des ressources... Ces faits, loin d'être des croyances, alimentent les inquiétude des éco-anxieux qui ont bien compris qu'une croissance ne peut pas être infinie dans un monde fini, quoi qu'en disent nombre de dirigeants politiques ou d'entreprise.
L'éco-anxiété n'est pas monolithique ni "binaire"; il n'y a pas 2 catégories d'individus: les "éco-anxieux" d'un côté et les "non éco-anxieux" de l'autre. Elle est vécue avec une intensité différenciée selon les personnes. Grâce à l'échelle de mesure de Hogg, l'étude a déterminé 7 classes d'intensité d'éco-anxiété (de "pas du tout éco-anxieux" à très "fortement éco-anxieux - en risque psychopathologique" en passant par "peu éco-anxieux" ou "moyennement éco-anxieux"). Si on utilise la métaphore de la fièvre, quand on a 38°C de température, la dangerosité des maladies et l'état de santé n'est pas le même qu'à 41°C. Il en est de même pour l'éco-anxiété.
Ce que montrent les résultats globaux, c'est d'abord que 75% des Français sont pas, très peu ou peu éco-anxieux. 15% des Français sont moyennement éco-anxieux et montrent les premiers symptômes d'inquiétudes sans toutefois que leur santé mentale soit menacée à court terme. Enfin, 10% de Français présentent des symptômes tels (particulièrement les 5 derniers pour-cent) que leur santé mentale est menacée.
L'éco-anxiété touche toutes les catégories d'âge, pas que les plus jeunes (les 15 -24 ans) : l'intensité de l'éco-anxiété n'est pas corrélée avec l'âge. Dit autrement, il faut cesser de croire que plus on est jeune, plus on est éco-anxieux. En revanche, la classe d'âge la plus âgée (les 50 à 64 ans) est la moins éco anxieuse en moyenne, avec toutefois des personnes très fortement éco-anxieuses dans cette catégorie.
Bien que l'étude confirme ce que montrent nombre de recherches en sciences humaines et sociales, les femmes sont plus éco-anxieuses en moyenne que les hommes, en revanche les hommes sont plus exposés aux scores les plus élevés et sont plus menacés dans leur santé mentale.
Bonne lecture!


